Deux candidats peuvent obtenir une décision favorable pour des raisons complètement différentes.

Le premier connaît déjà très bien le métier visé, parle facilement et a préparé ses réponses. Le second hésite davantage, mais son projet est cohérent, il a confronté son idée à la réalité et il sait expliquer comment il apprend lorsqu’il ne maîtrise pas encore un sujet.

Si le jury récompense surtout l’aisance orale, il risque de confondre performance en entretien et potentiel dans le cursus.

Le jury n’a pas besoin de candidats identiques ; il a besoin de critères comparables

Dans mes jurys d’admission, je cherche à objectiver suffisamment l’échange pour comparer des candidats très différents sans effacer leur singularité.

Je n’utilise donc pas « la motivation » comme une catégorie fourre-tout. Je préfère observer des éléments plus précis : le projet, la connaissance de l’environnement visé, le raisonnement, la capacité d’apprentissage et la posture pendant l’échange.

DimensionCe que je cherche à comprendreExemple de question
ProjetPourquoi ce cursus, à ce moment du parcours ?« Qu’est-ce qui vous a conduit vers cette formation ? »
RéalismeLe candidat a-t-il confronté son idée à la réalité du métier ?« Qu’avez-vous découvert du métier qui vous a surpris ? »
RaisonnementComment construit-il une réponse lorsqu’elle n’est pas préparée ?Petite mise en situation liée au cursus.
ApprentissageComment réagit-il face à une compétence qu’il ne maîtrise pas encore ?« Parlez-moi d’une compétence que vous avez dû apprendre récemment. »
PostureÉcoute, précision, capacité à prendre du recul.Observation pendant l’ensemble de l’entretien.

1. Le projet : chercher une logique, pas un discours parfait

Un candidat n’a pas besoin d’avoir planifié les dix prochaines années. En revanche, il doit pouvoir expliquer ce qui l’amène vers le cursus.

Je fais la différence entre :

  • un projet encore en construction mais déjà réfléchi ;
  • un projet très bien formulé mais essentiellement récité ;
  • un choix réalisé par défaut sans réelle exploration.

La qualité du vocabulaire n’est pas le critère. La cohérence du cheminement l’est davantage.

2. Le réalisme : a-t-il regardé ce qu’il y a derrière l’intitulé ?

« J’aime l’informatique » ou « j’aime le contact humain » sont des points de départ, pas des projets professionnels.

Je cherche donc un indice de confrontation au réel : lecture d’offres d’emploi, échange avec un professionnel, projet personnel, stage, expérience, recherche sur les métiers ou simple capacité à citer des missions concrètes.

Pour un cursus débutant, je ne demande pas une expertise préalable. Je veux savoir si le candidat a dépassé l’image générale du métier.

3. Le raisonnement : ce qui reste lorsque la réponse n’était pas préparée

Les premières minutes d’un entretien peuvent être très travaillées. C’est normal : le candidat se prépare.

Une question légèrement différente permet souvent d’observer autre chose : écoute-t-il la consigne ? Pose-t-il une question pour clarifier ? Structure-t-il sa réponse ? Peut-il reconnaître qu’il ne sait pas ?

Dire « je ne sais pas encore, mais voilà comment je chercherais » peut être beaucoup plus instructif qu’une réponse approximative formulée avec assurance.

Mon réflexe terrain Je me méfie d’un critère vague comme « il est motivé ».

Je préfère pouvoir dire ce qui m’a conduit à cette impression : recherches réalisées, choix expliqués, actions déjà engagées, capacité à relier le cursus à un objectif.

4. Les faux mauvais signaux

Certains comportements peuvent influencer fortement une première impression sans prédire à eux seuls la réussite dans le cursus.

  • Le stress : un candidat stressé peut parfaitement raisonner une fois l’échange installé.
  • Un parcours non linéaire : une réorientation n’est pas un manque de cohérence si le candidat sait expliquer ce qu’il a appris de son parcours.
  • Une réserve à l’oral : elle ne doit pas être confondue avec une absence d’écoute ou d’intérêt.
  • Une connaissance technique encore faible : sur un cursus d’entrée, la capacité à apprendre peut être plus utile que des acquis déjà très avancés.

5. Les signaux qui m’interrogent davantage

À l’inverse, certains éléments méritent d’être approfondis :

  • aucune recherche sur la formation ou le métier visé ;
  • incapacité à expliquer pourquoi ce cursus plutôt qu’un autre ;
  • contradictions importantes entre le projet annoncé et ce que la formation prépare réellement ;
  • discours entièrement externalisé : « on m’a dit de faire ça », sans appropriation personnelle ;
  • difficulté systématique à écouter une question ou à ajuster une réponse.

Ce ne sont pas des verdicts automatiques. Ce sont des raisons de creuser.

IT et RH : une même méthode, des signaux différents

J’interviens sur des admissions en cursus IT et RH. La grille de lecture peut rester commune, mais les questions doivent évidemment être adaptées au programme.

En IT, je peux chercher à comprendre comment le candidat explore un problème, apprend un outil ou s’intéresse à un environnement technique. En RH, je vais davantage interroger sa représentation des métiers, la diversité des situations humaines et organisationnelles ou sa compréhension du rôle de la fonction RH.

L’objectif n’est pas de poser la même question à tout le monde. Il est de mesurer des dimensions comparables avec des questions pertinentes pour le cursus.

Admission et certification : ne pas évaluer la même chose

À l’admission, l’enjeu est notamment de déterminer si le projet et le potentiel du candidat sont suffisamment cohérents avec le cursus proposé.

En certification, le cadre est différent : l’évaluation s’appuie sur les compétences, les attendus et les critères prévus par le référentiel ou le dispositif concerné. La personnalité du candidat ne doit pas remplacer ce cadre.

Mon périmètre actuel est donc distinct : jurys d’admission sur des cursus IT et RH, et jurys de certification sur des cursus RH, avec notamment une habilitation de jury d’examen pour le Titre Professionnel Assistant RH.

Pour harmoniser plusieurs jurys sur une campagne d’admission

  1. Définissez 4 à 6 dimensions communes plutôt qu’une longue liste de questions obligatoires.
  2. Décrivez trois niveaux d’observation pour chaque dimension : insuffisant, à approfondir, solide.
  3. Demandez une trace factuelle courte : ce qui a été observé, pas seulement « bon feeling » ou « manque de motivation ».

Cette structure laisse au jury la liberté de conduire un vrai échange tout en améliorant la cohérence des décisions entre plusieurs évaluateurs.

Vous organisez des sessions d’admission ou de certification ?

J’interviens auprès des CFA, écoles et organismes de formation sur des jurys d’admission IT/RH et des jurys de certification RH, ponctuellement ou sur plusieurs sessions.

Échanger sur vos prochaines sessions
Eddy Dos Santos Barbosa
Eddy Dos Santos Barbosa — Fondateur d’Oaken Partners

Consultant RH, recruteur et formateur. Parcours en ESN puis au sein d’un réseau de CFA, avec des responsabilités nationales en recrutement et management d’équipe.

Voir le parcours →